La désespérance au bout du briquet

L’auto-immolation, cet acte de s’asperger d’essence et de mettre le feu à son propre corps, est pratiquée depuis plusieurs siècles dans certaines cultures. Depuis le XXe, elle est utilisée comme forme de protestation politique radicale.

A l’heure du débat sur le mariage pour tous, pourquoi ne pas rappeler qu’il n’y a que 14 ans, en 1998, Alfredo Ormando, écrivain homosexuel sicilien, s’immolait sur la place Saint-Pierre afin de protester contre l’attitude de l’église catholique romaine vis-à-vis des homosexuels.

De même, pour les quelques toujours trop peu nombreux citoyens du monde qui ont à cœur de sauver la cause des tibétains, l’auto immolation était le signe jusqu’à cette semaine, d’une forme ultime de désobéissance civile de ce peuple, mêlée à l’espoir qu’en ayant recours à ce geste radical, les chinois comprendraient à quel point leur politique oppressive est insupportable et ruine également leur propre karma. Après l’horreur des premières immolations, ces dernières se sont poursuivies, isolées mais toujours régulières si tant est que l’horreur timidement relayée dans les médias en Europe et de par le monde, en est presque devenue banale. En effet, faute de pouvoir recourir à des moyens classiques de protestation, le Tibet a connu une vague d’auto-immolations sans précédent. Depuis trois ans, pas moins de 100 tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre les mesures répressives du gouvernement chinois au Tibet. Ces Tibétains, qu’ils soient moines, nones, laïcs… ont laissé derrière eux des messages en guise de testament, dans lesquels ils réclament la liberté et le retour de Sa Sainteté le dalaï-lama au Tibet. Au lieu de chercher à comprendre les raisons qui ont conduit à ces actes, le gouvernement Chinois continue d’accuser le leader spirituel des tibétains et des forces extérieures et réagit aux immolations par une répression accrue. Il boucle les régions rebelles et interdit l’accès aux journalistes, aux touristes et autres visiteurs du Tibet. Pékin cherche à contenir les nouvelles formes de résistance en utilisant des mesures toujours plus draconiennes. Des poursuites judiciaires sont menées à l’encontre des familles et des amis suspectés d’une quelconque implication. Plus de soixante années de politique étrangère, de répression politique, d’assimilation culturelle, de déplacement de populations, de discrimination raciale, de marginalisation économique et éducative et de destruction environnementale massive ont donc abouti à un génocide grandissant au Tibet que le monde refuse de voir.

À la fin de l’année 2010 et au début de l’année 2011, une vague d’auto-immolations a aussi frappé des pays du MENA (Middle East and North Africa ) dans le cadre des protestations et des révolutions dans le monde arabe. Ainsi, au moins 14 cas ont été rapportés, y compris l’auto-immolation de Mohamed Bouazizi, qui aurait été l’étincelle de la révolution tunisienne de 2011.

Symbole des failles non colmatées de notre société française, le 13 octobre 2011, une enseignante française s’auto-immolait par le feu dans la cour du lycée Jean-Moulin de Béziers. Le 26 octobre 2011, une autre femme de 68 ans tentait quant à elle de s’auto-immoler devant le palais de l’Élysée après avoir évoqué ses « problèmes de logement » ; elle avait alors été sauvée par une policière présente sur les lieux.
Le Président l’a-t-il su ? S’en est il ému ?
Depuis quelques mois et parce que nous vivons une crise économique mondiale qui s’intensifie sans cesse, l’auto immolation est en passe de devenir en occident -ou tout au moins en France ces dernières semaines- une véritable gâche médiatique et le symbole absolu d’un « mal être » morbide.
Bien que nous vivions dans l’une des sociétés les plus protégées du monde, ce ne sont pas moins de deux chômeurs qui ont eu recours cette semaine dans notre pays à l’auto immolation. La première a eu lieu à Nantes devant une agence Pôle Emploi après que la personne ait pris soin de prévenir les médias de son geste. La seconde a eu lieu à St Ouen mais la tentative a échoué. De même, un pompier volontaire s’est également aspergé d’essence à son domicile et a succombé à ses blessures tout comme ce gérant de magasin de St Jean de Maurienne qui s’est embrasé sur le parking de son établissement. Mais ce n’est pas tout : un sans abri a été empêché au tout dernier moment de passer à l’acte tout comme un adolescent qui totalement en proie au désespoir, à également choisi d’accomplir ce geste radical dans un coin de la cour de son établissement scolaire. Fort heureusement, il a pu être sauvé par des camarades qui ont réagit assez tôt lui évitant ainsi qu’il ne se blesse trop sérieusement.
Toutes ces immolations ont un point commun : au bout de la flamme et de ces souffrances ultimes : c’est avant tout un geste de sacrifice de soi qui prend la forme d’un suicide.

Un geste d’une brutalité sans nom et dont la mort – que l’on peut imaginer d’une incommensurable souffrance – est l’issue fatale. Tous ces nouveaux martyrs de la société, espèrent sans doute, que par delà leur sacrifice, subsistera un message ayant pour vocation si ce n’est à changer le monde, de jeter à la face de cet univers impitoyable et tellement injuste, leur intolérable désespoir et la réalité d’une douleur sociale qu’ils trouvent insurmontable.

Que ce soit au Tibet, en France, en Tunisie ou ailleurs, le point commun entre tous ces citoyens du monde est l’embrasement de leur âme qui elle, c’est certain, à un moment donné, a perdu toute espérance.

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